mercredi 23 février 2011

Le pont sur la rivière Momance (Léogâne (Haïti), 1977), fondé sur pieux, a bien résisté au séisme du 12 janvier 2010






A) Avant 1977: Le vieux pont sur la rivière Momance


Photo 1.- Haïti: Vieux pont de Momance.
Sur la photo: quelques étudiants FDS dont Lionel Duvalsaint et sa Volkswagen.
Photo: Pierre Montès, dimanche 29 avril 1973.







B) Janvier - Septembre 1977: Construction du nouveau pont sur la rivière Momance

Le pont sur la rivière Momance est le pont le plus long des vingt-deux ponts de la route nationale no. 2 reliant Port-au-Prince à la ville des Cayes. En effet sa longueur est de 75 mètres, répartie en trois travées de 25 mètres.

Chaque travée comprend trois poutres principales de 1,5 mètre de hauteur environ sur lesquelles repose le tablier.

Les deux culées en rivière et les deux culées aux rives reposent sur des semelles coiffant des pieux métalliques verticaux ou inclinés battus jusqu'au refus.

Dans les poutres principales, la taille des barres d'armature tendues en acier réparties sur deux nappes dans chacune des poutres principales est de 1 pouce trois quarts (44,5 mm de diamètre).

Les poutres principales ne reposent pas directement sur les culées et les piles: des plaques de néoprène fretté sont placées sur la tête des culées et des piles pour servir d'assise aux extrémités des poutres principales.

Les culées sont munies d'un mur garde-grève. Un dalle d'approche placée à environ un mètre sous le niveau de la chaussée d'approche prend appui sur le sol sous-jacent et s'attache à la culée par un appui de type Freyssinet. Cette dalle d'approche garantit un tassement nul entre la chaussée de la route et le tablier du pont à la jonction entre les deux.

Les pieux sous le pont ont contribué au bon comportement du pont pendant les trente dernières années et plus particulièrement pendant le violent séisme du 12 janvier 2010 dont l'épicentre se trouvait dans la région de Léogâne, donc, non loin de l'emplacement du pont sur la rivière Momance. Évidemment la structure du pont en béton armé (culées, piles, poutres et tablier) a été bien conçue.

La firme d'ingénieurs-conseil ayant conçu ce pont et les vingt-et-uns autres ponts de la nationale no. 2 était Ingéroute. Mais les pieux de type H du pont de Momance ont été conçus par GEOCON, une filiale de la firme FENCO. Il faut mentionné qu'en 1977, en tant qu'ingénieur-résident, je représentais sur le chantier du pont de Momance à la fois la firme d'ingénieurs-conseil FENCO-LAVALIN, mais aussi le maître de l'ouvrage, c'est-à-dire, le Ministère des Travaux Publics. On peut aussi trouver trace de ce fait dans une publication de FENCO-LAVALIN datant de 1977.

Les photos montrées dans la partie C) et prises au début de 2011 par l'ingénieur Lionel Duvalsaint, témoignent du bon comportement de l'ouvrage.

Un curage de la rivière Momance en amont et en aval du pont avait été effectué en 1977: plus de 180 000 mètres cubes d'alluvions de bonne qualité avaient été retirés du lit de la rivière par la firme M&K (Marini et Kanski). Il ne semble pas évident que la rivière ait été curée depuis cette date. Je voudrais suggérer aux autorités haïtiennes de déterminer si un curage de la rivière est nécessaire en 2011 pour redonner à la rivière son profil de 1977 et maintenir le débouché du pont dans les dimensions de conception.


Photo 2.- Haïti, Nouveau pont de Momance. Photo: Pierre Montès (1977)
Vue de profil, côté aval, prise à partir de rive gauche (culée Léogâne).



Photo 3a.- Haïti, Nouveau pont de Momance. Photo: Pierre Montès (1977)
Sur la photo: Pierre Montès, Marie-Denise Saint-Cyr Montès, Guy Mathurin, Pierre-Marie et Philippe Montès
Vue du tablier, côté Léogâne. Le pont venait d'être ouvert à la circulation.





Photo 3b.- Haïti, Nouveau pont de Momance. Photo: Pierre Montès (1977)
Sur la photo: Hernst-Clémenceau Pierre-Antoine, Marie-Denise Saint-Cyr Montès, Guy Mathurin, Pierre-Marie et Philippe Montès
Vue du tablier, côté Léogâne. Le pont venait d'être ouvert à la circulation








Photo 4.- Haïti, Nouveau pont de Momance. Photo: Pierre Montès (1977)
Vue de profil, côté amont, prise à partir de la rive gauche (culée Léogâne).







Photo 5.- Haïti, Nouveau pont de Momance. Photo: Pierre Montès (1977)
Vue du pont, côté amont, prise à partir de la rive gauche à une centaine de mètres de la culée Léogâne.










Photo 6.- Haïti, Nouveau pont de Momance. Photo: Pierre Montès (1977)
En premier plan, on voit la culée Léogane en construction;
en arrière-plan, on voit la culée Gressier;
entre les deux culées, on voit les deux piles en rivière.
Le sens de l'écoulement de l'eau est de droite à gauche.
Sur la photo, on observe, à gauche, le vieux pont métallique, à droite, la bétonnière de la firme Melri inc.








Photo 7.- Haïti, Nouveau pont de Momance. Photo: Marcel Tremblay (1977)
On voit la tête des pieux H qui seront coiffés de la semelle sous la culée Gressier. Les pieux sont de type H: 12BP53 et 12BP74.
Les piles et les culées sont fondées sur pieux H.
Les pieux étaient battus jusqu'au refus;
leur longueur varie entre 12 et 19 mètres.
Ils ont été installés par la firme Franki Canada.








Photo 8.- Haïti, Nouveau pont de Momance. Photo: Marcel Tremblay (1977)
On voit l'excavation à l'endroit où se situera la pile côté Gressier;
les pieux n'étaient pas encore battus.








Photo 9a .- Haïti, Pierre Montès, ingénieur-résident; Projet pont de Momance, Lot IV. Photo: Pierre Montès (1977)
On voit la roulotte logeant les bureaux des ingénieurs chargés du contrôle de la qualité des travaux et du contrôle des quantités:
Pierre Montès, ingénieur-résident, assisté des ingénieurs Claude Cantave et Edèle Salvant.








Photo 9b .- Haïti, Projet pont de Momance, Lot IV. Photo: Pierre Montès (1977)
On voit la roulotte logeant les bureaux de l'ingénieur et du personnel chargé du contrôle de la qualité des travaux:
Pierre Montès, ingénieur-résident, assisté des ingénieurs Claude Cantave et Edèle Salvant.








C) Deux Mille Onze (2011)- Trente-quatre ans plus tard, photos du pont sur la rivière Momance

Les photos qui suivent, nous l'avons dit, sont l'oeuvre de notre collègue et ami Lionel Duvalsiant. Elles ont été prises au début de l'année 2011, donc une année après le séisme du 12 janvier 2010.








Photo 10 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011)
On observe le tablier du pont et la chaussée d'approche.
Je devine qu'elle est prise du côté Léogâne (rive gauche).







Photo 11 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 12 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 13 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 14 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 15 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 16 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 17 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 18 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 19 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 20 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 21 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 22 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 23 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 24 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 25 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 26 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).








Photo 27 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).




Photo 27 .- Haïti, Pont de Momance. Photo: Lionel Duvalsaint (2011).


__________________________________________

Note finale.-Je remercie vivement l'ingénieur Lionel Duvalsaint, tant pour les photos du pont de Momance qu'il a pris la peine de faire et qu'il a eu la gentillesse de m'envoyer, que pour la note élogieuse qu'il a pris le temps de m'adresser. Je prends plaisir à les partager avec les internautes (les photos et la note).

Voici la note de L. Duvalsaint:

«Les prises de vue sont d'un ingénieur et non d'un photographe...il a donc su prendre exactement ce qu'il fallait pour te donner une idée exacte de ton ouvrage d'art.»

«Ce pont qui date de plus de trente ans est impeccable dans sa tenue:
. aucun tassement au niveau de ses approches
. aucun tassement différentiel au niveau de l'ouvrage lui-même
. aucun signe de fatigue constaté au niveau des poutres et du tablier
. des piles et culées bien assises sur leurs bequilles
. le béton des piles en rivière a bien résisté aux forces érosives des eaux en furie, puisqu'on est en régime torrentiel.»

«J'ai tout de même noté des petites cassures insignifiantes des poutres au niveau de leur appui sur les piles et qui résulteraient d'un léger déplacement lors de la secousse sismique du 12 janvier. L'écorchure est en effet très fraiche.»

«La culée nord au pied duquel l'eau d'étiage s'écoule est bien protégée par les gabions mis en place.Cependant, la culée sud est menacée par l'exploitation du tout venant de rivière sur lequel se repose le mur protecteur en gabions. D'ailleurs les paniers de gabions placés à la partie amont du pont (culée nord) ont totalement disparu;tandis que ceux placés à l'amont de la culée sud sont encore bien en place.
Ainsi, les eaux en furie peuvent,un jour, affouiller la berge amont-nord et contourner la culée correspondante. L'ouvrage peut alors basculer...»

«Autre fait moins important constaté est l'arrachement d'une partie du parapet, côté Est (amont), provoqué sans doute par un accident de la circulation...Elle aurait pu être remise en place et soudée.»

«Le gabarit du pont avait bien été déterminé puisqu'en dépit des modifications apportées au niveau de l'occupation du sol du bassin versant (déboisement...), les eaux, selon les informations recueillies sur place, n'ont jamais passé sur le pont.
Tu trouveras donc à ton retour un chef d'oeuvre qui ne cessera de défier le temps!!!»

Lionel Duvalsaint, ing.



mercredi 12 janvier 2011

Disponibilité des informations concernant le macrozonage de Port-au-Prince

Source: Jean-Marie Arnoux, ing, 12 janvier 2011

Port-au-Prince, ce 12 janvier 2011

Objet: Disponibilité des informations concernant le macrozonage de Port-au-Prince

Chers collègues,

Par coïncidence, la version finale des cartes de macrozonage sismique de la région métropolitaine réalisées par l'équipe du Pr. Rathje avec le Laboratoire National du Bâtiment et des Travaux Publics et le Bureau des Mines et de l'Energie, est disponible ce 12 janvier, date anniversaire de la terrible tragédie de l'an passé.

Les résultats sont temporairement hébergés sur le site suivant :
http://web.ics.purdue.edu/~ecalais/haiti/macrozonation/

Ils sont en voie d'être transférés vers les sites du LNBTP, BME et CNIGS.

Les données et résultats issus de cette étude sont ouvertes sans restriction au secteur public et privé sous un format électronique géoréférencé (SIG). Les deux produits principaux, qui permettent d'ores et déjà le calcul de spectres de réponse pour le dimensionnement d'ouvrage, sont:

- la carte des classes de sols (compatibles avec les normes IBC et Eurocode 8) réalisée à partir de mesures Vs30 et de l'interprétation d'observations géologiques et géotechniques.

- les cartes d'aléa sismique (USGS Open File Report 2010-1067), qui donnent la probabilité d'excédence de l'accélération du sol au rocher (PGA, 1 Hz, 5 Hz).

Le jeu de données contient aussi:
- la carte géologique de Port-au-Prince;
- l'ensemble des mesures Vs30 réalisées;
- la topographie de détail tirée de la mission Lidar du printemps 2010 financée par la Banque Mondiale;
- l'inventaire des dégâts de l'UNOSAT.

Ces produits sont manipulables par la plupart des logiciels SIG (Arcinfo, Mapinfo, etc...). Les cartes associées sont aussi disponibles au format pdf, pour une visualisation plus directe.

Ces produits ne remplacent pas le microzonage sismique qui reste à faire pour Port-au-Prince et les principales zones urbaines du pays. Elles ne se substituent pas non plus à des études géotechniques locales qui peuvent s'avérer nécessaires, en particulier pour l'implantation de structures à fort enjeu (par exemple bâtiments publics, hôpitaux, écoles, etc.). Enfin, un code de construction avec des normes parasismiques reste à développer et mettre en application formelle en Haiti.

Cependant, l'utilisation de ces produits, de concert avec l'utilisation de codes de construction existants tels que ceux préconisés par le Ministère des Travaux Publics (IBC, Eurocode 8, ASCE, CNBC) permet d'ores et déjà de prendre en compte les principaux éléments pour construire et planifier de manière adaptée compte tenu de la menace sismique dans la région métropolitaine.

Bien à vous,

Yves-Fritz Joseph, Directeur Général du LNBTP
Dieuseul Anglade, Directeur Général du BME
Eric Calais, Conseiller Scientifique au PNUD Haiti

Si peu...

Par Agnès Gruda
La Presse
Source: cyberpresse.ca, Publié le 12 janvier 2011 à 06h36

Six mois après le tsunami qui a dévasté l'Indonésie en décembre 2004, l'organisation humanitaire Architectes de l'urgence avait déjà construit des dizaines de maisons. Au premier anniversaire, près de 200 maisons et une poignée d'écoles étaient prêtes.
Un an après le tremblement de terre en Haïti, cette ONG n'a rien bâti du tout. Elle n'est pas inactive pour autant et s'occupe de restaurer des écoles et des habitations dans quelques quartiers de Port-au-Prince. Mais des maisons neuves? Aucune.

Pourquoi? Parce que l'argent n'est pas au rendez-vous, se désole le président de l'organisme, Patrick Coulombel.

Son organisation ne représente qu'une petite goutte dans l'océan d'ONG qui a déferlé sur Haïti depuis le 12 janvier 2010. Mais son exemple n'en est pas moins révélateur. Les Architectes de l'urgence s'attendaient à recevoir une dizaine de millions de dollars pour contribuer à la reconstruction d'Haïti. Ils n'ont reçu qu'un tiers de cette somme, entièrement destiné à la restauration et à la construction d'abris temporaires. «Pour bâtir des logements neufs, nous n'avons rien. Zéro.»

La comparaison entre le tsunami et le séisme haïtien a des limites, reconnaît Patrick Coulombel. Le premier a dévasté des régions rurales, peu habitées, alors que le second a frappé des villes surpeuplées dépourvues de registres fonciers. Construire à neuf sur du chaos, ce n'est pas évident.

Un exemple: le Centre d'étude et de coopération internationale espère bâtir des maisons à partir de gravats recyclés à Léogâne, la ville la plus dévastée par le séisme. Les titres fonciers y sont un fouillis inextricable. «C'est comme un tunnel sombre et sans fin», dit Carine Guidicelli, porte-parole du CECI. Bref, le projet est en suspens.

Mais aux yeux de Patrick Coulombel, la raison fondamentale du retard que l'on met à reconstruire Haïti est ailleurs: dans le choix politique de la communauté internationale, qui a insisté pour que les Haïtiens aillent voter et qui attend qu'un nouveau gouvernement se mette en place avant de se lancer vraiment dans la reconstruction. Entre-temps, des millions de dollars attendent d'être dépensés...

Patrick Coulombel est furieux: «Attendre les élections pour commencer la reconstruction, c'est scandaleux! Pendant ce temps, les gens croupissent dans des tentes.»

Il y a aussi les atermoiements des autorités haïtiennes, qui n'ont toujours pas publié le nouveau Code du bâtiment. Récemment, le ministère des Travaux publics a annoncé que les normes de restauration des anciens bâtiments seraient publiées... après les élections. Pour les constructions neuves, on n'en sait rien.

Les architectes pourraient toujours s'inspirer des normes qui existent dans les pays exposés à des cataclysmes semblables à ceux qui s'acharnent sur Haïti. «L'ennui, c'est que, tant que la construction n'est pas encadrée, les bailleurs de fonds internationaux refusent de nous financer», dit l'architecte en colère...

Pourtant, la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti, coprésidée par Bill Clinton, a été mise sur pied pour canaliser tous les efforts de reconstruction et les soustraire aux aléas de la petite politique. Lieu de toutes les lenteurs, cette commission a annoncé ses tout premiers projets seulement en décembre. Ne pouvait-elle donc pas aider les Haïtiens à produire en priorité un nouveau Code du bâtiment?

Bilan: un an après le tremblement de terre, les Haïtiens sont toujours en mode survie. Ce retard s'explique, en partie. Mais il est aussi, en grande partie, inexcusable.

dimanche 9 janvier 2011

Palais des ministères : le mépris de l'histoire

Par Robenson Geffrard
rgeffrard@lenouvelliste.com


Source: lenouvelliste.com, 7 janvier 2011

Il est à moins de 100 mètres du Palais national et à un jet de pierre de la base du Corps d'intervention de maintien de l'ordre (CIMO), au Champs de Mars. Pourtant, il a été pillé et incendié à maintes reprises. Alors qu'il est considéré comme patrimoine historique par l'Institut de Sauvegarde du Patrimoine national (ISPAN), le Palais des Ministères, sévèrement endommagé par le séisme a été vandalisé et abandonné. Une autre page de l'histoire d'Haïti souillée et délaissée.

Haïti: Vendredi 7 janvier 2010, 10 h 35 du matin. A moins de 5 jours de la première commémoration du tremblement de terre dévastateur du 12 janvier dernier, des individus pillaient encore le Palais des Ministères en plein jour, au vu des autorités. Briques, fer, tôles, câbles électriques...les pillards ne laissent rien. Tout ce qui a une valeur marchande, le peu qu'il soit, a été emporté. Ils sont deux jeunes garçons, le visage à peine camouflé, qui calmement opèrent en toute quiétude. Avec leur masse, ils essaient de récupérer du fer et des briques sur les ruines du ministère des Finances. Visiblement, ils ne craignent rien, malgré la présence de plusieurs agents de sécurité.

Un an après le tremblement de terre du 12 janvier, les autorités n'ont pratiquement rien fait pour empêcher ce genre de pillage. « Tous les ministères du bâtiment ont été pillés par des individus. Il y a un mois de cela, ils ont mis le feu dans la partie réservée au ministère des Finances, explique Charles Desrameaux, un contractuel des Travaux publics chargé de surveiller le site des TPTC. Aujourd'hui encore, ils continuent à voler le peu qui reste du Palais des ministères. »

Après avoir presque tout emporté au lendemain du séisme, depuis quelque temps, les pillards s'attaquent directement à la construction, se désole le très célèbre Ti Charles fidèle gardien perpétuel des TPTC. « J'ai tout vu. Ils ont tout pris: portes, fenêtres, bureaux, matériels de bureaux... Tout ce qu'ils pouvaient revendre ou utiliser chez eux a été emporté », explique-t-il.

Comment se fait-il qu'à deux doigts du Palais national et de la base du CIMO, les individus pillent et incendient et ce vaste bâtiment ? « Je ne sais pas. Comme toi et moi, les autorités du pays ne font que constater les dégâts, a-t-il répondu. Les scènes de pillage ont commencé au lendemain même du séisme. Tout le monde est au courant, a-t-il ajouté. »

Par ailleurs, les agents de sécurité qui surveillent le site du ministère des Finances ont peur d'intervenir afin empêcher les pillards de commettre leurs forfaits. « Ils sont toujours dans les environs, ils connaissent notre nom et notre visage. Ce sont des bandits, ils peuvent tout faire. Les autorités sont au courant de la situation. Nous leur avons déjà envoyé plusieurs rapports sans réponse. Qu'est-ce qu'on peut bien faire ?», racontent-ils.

« Maintenant, avec votre présence ici, nous espérons que les autorités vont comprendre ce qui se passe sur le site. Nous espérons aussi qu'ils vont prendre les mesures appropriées », ont-ils renchéri.

Prendre des mesures appropriées un après la catastrophe. Pour quoi faire, puisqu'il ne reste pratiquement rien du Palais des Ministères sinon des briques que les pillards s'acharnent à enlever les unes après les autres.

Le Palais des Ministères n'est que l'ombre de lui-même. Certains sites des ministères logeant dans le bâtiment ont été totalement déblayés, comme c'est le cas pour les Travaux publics Transport et Communications, celui de la Santé et de la Population et le ministère de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales. Les clôtures en tôle de l'ISPAN n'ont pas pu empêcher l'irruption des pillards.

Selon des sinistrés à la place de la Patrie au Champ de Mars, non loin du Palais des Ministères, les pillards n'ont pas eu à s'inquiéter. De jour comme de nuit ils opéraient. « Personne n'a empêché à ces individus de piller ce patrimoine national des équipements aux archives. Sans contrainte, ils ont emporté des matériels et mis le feu au bâtiment », s'insurge un jeune homme installé à ce centre d'hébergement après la catastrophe.

Le Palais des ministères qui logeait 5 ministères fait partie des quatre palais du pays qui ont été détruits par le tremblement de terre du 12 janvier dernier. Il s'agit du Palais national, du Palais de justice et du Palais législatif.

Pour son architecture grandiose et sa beauté, l'Etat Haïtien avait jadis l'habitude d'utiliser la photo du Palais des Ministères sur les cartes postales. Aujourd'hui, cette page d'histoire est méprisée, vandalisée et incendiée.

jeudi 30 décembre 2010

Agir pour reconstruire Port-au-Prince

Source: lenouvelliste.com, 17 décembre 2010


Reconstruire en mieux la ville de demain. Tel est l'objectif d'un plan local d'urbanisme dont la présentation du diagnostic territorial a eu lieu ce vendredi au Ritz Kinam, à Pétion-Ville. Un projet d'une importance capitale pour l'avenir de la ''République de Port-au-Prince'', puisqu'il définira comment sera aménagé l'espace communal pour les années à venir, en anticipant le développement socio-économique de la ville et en protégeant le milieu environnemental.

Haïti: Dans le contexte de la reconstruction de la République d'Haïti, le Conseil municipal de Port-au-Prince a donné mandat au Centre haïtien de recherche en aménagement et en développement (CHRAD) pour élaborer un document de vision, un schéma de cohérence territoriale de la région métropolitaine et un plan local d'urbanisme de la commune de Port-au-Prince. De ce fait, le diagnostic du Plan local d'urbanisme (PLU) de la région métropolitaine de Port-au-Prince réalisé au cours des cinq derniers mois a été présenté ce vendredi à une pléiade de personnalités de différents secteurs afin d'avoir une vision de la ville du Port-au-Prince d'aujourd'hui pour pouvoir dégager les orientations et les priorités pour l'avenir.

A travers une analyse détaillée, les intervenants ont évoqué les différentes caractéristiques communales tant au niveau de l'économie que de l'habitat ou encore de l'environnement. Ce diagnostic est un élément obligatoire dans la démarche PLU et constitue la première partie du rapport de présentation.

La mise au point de ce projet local tient compte des stratégies engagées à l'échelle supracommunale sur la base de diagnostic régional. La stratégie de planification de l'échelle globale à l'échelle locale, de la région métropolitaine à la commune de Port-au-Prince jusqu'au centre-ville est incontournable. Elle permet de mieux appréhender le projet de reconstruction d'une ville grâce à de nouveaux outils de planification dont le schéma de cohérence territorial (SCT) est en substitution au schéma directeur (SD), le plan d'urbanisme en remplacement du plan d'occupation du sol (POS).

Le président du conseil d'administration du CHRAD, Jean Lucien Ligondé, a, dans son discours de circonstance, estimé que cette démarche, de l'échelle locale à l'échelle globale, se fixe deux principaux objectifs. Il s'agit de redonner de la cohérence à des entités urbaines qui, en se développant, risquent de se disperser et de penser à des projets expansibles à différentes échelles.

Pour M. Ligondé, la reconstruction d'une région ou d'une ville est une opportunité favorable à l'émergence de nouvelles entreprises et à la création d'emplois. "Aujourd'hui, urbaniser c'est attirer les investissements et multiplier les activités afin de promouvoir la croissance économique ; de tester la capacité du produit-projet à s'insérer dans le marché local national, régional et mondial ; de tendre vers la valorisation foncière et immobilière, mais aussi de valoriser les infrastructures naturelles telles que les bords de mer", a dit le numéro un du CHRAD en présence de l'argentier de la République, Ronald Baudin ; du ministre des Travaux public, Jacques Gabriel ; de la mairesse adjointe de Port-au-Prince, Nadège Augustin ; de l'ingénieur-architecte Elisabeth Coicou ; de l'économiste Yolande B. Eugène ; du Dr en génie électrique spécialisé, François Rigaud ; du socilogue Vernet Larose, pour ne citer que ceux-là.

Il faut dire que la démarche méthodologique adoptée dans le cadre de cette étude est basée sur une approche participative et analytique qui permet aux acteurs de la région d'approprier le projet de reconstruction. La concertation s'appuie spécifiquement sur une approche holistique intégrant toutes les dimensions du développement humain durable, à savoir les facteurs économiques, sociopolitiques, culturels, environnementaux et technologiques. Sans oublier les opportunités et les menaces qui constituent des facteurs externes qui peuvent soit propulser le développement, soit le ralentir si aucune mesure n'est prise.

Pour sa part, l'édile titulaire de Port-au-Prince, Jean-Yves Muscadin Jason, a indiqué que le projet de construction via le diagnostic vise à résoudre les enjeux majeurs qui se posent à Port-au-Prince. Ce projet répond aussi à la volonté d'action exprimée par le Conseil municipal et nécessitera un engagement soutenu, d'une part, de son outil de travail, les services municipaux et, d'autre part, la signature avec le gouvernement central d'un pacte de relance pour la ville sur une période de 12 ans. Ce pacte engagera réciproquement la ville et le gouvernement central sur un programme pluriannuel de développement social urbain en y associant d'autres partenaires et plus particulièrement les villes jumelées à Port-au-Prince.

A quoi voulons-nous réellement que ressemble la capitale d'Haïti et que voulons-nous qu'elle devienne ? a interrogé le maire Jean-Yves Muscadin Jason. Il a rappelé que pour le Conseil municipal, il n'est pas question de reproduire à Port-au-Prince l'anarchie dont les quartiers et leurs habitants sont aujourd'hui victimes. Il s'agit bien au contraire d'exploiter au maximum les chances qui se présentent pour répondre aux enjeux de développement urbain durable de la capitale d'Haïti.

"Agir passionnément pour reconstruire Port-au-Prince. C'est pour moi la plus belle des ambitions inscrites au coeur même des principes politiques qui m'animent, mais aussi redonner à mes concitoyens le plaisir de vivre dans leur ville d'origine ou d'accueil, leur redonner confiance, leur redonner enfin la fierté et la joie d'être citoyens de Port-au-Prince", a-t-il poursuivi.

Un projet aussi vaste et ambitieux que l'élaboration d'un plan local d'urbanisme concerne tous les citoyens et les acteurs d'une commune. C'est pourquoi il nécessite l'implication de chacun, à chaque instant de la procédure, pour en assurer le succès. Les choix proposés seront ainsi soumis à la plus large concertation, l'objectif n'étant pas uniquement d'informer les habitants de Port-au-Prince de l'état d'avancement du projet, mais également de les associer aux réflexions, de leur permettre de donner leurs opinions.
_____________
Site Web du CHRAD: chradhaiti.org

dimanche 10 octobre 2010

dimanche 12 septembre 2010

Haïti/Un Arrêté présidentiel déclare d’utilité publique une partie de la ville de Port-au-Prince

*


Est déclaré d'Utilité Publique, à Port-au-Prince, le quadrilatère limité au Nord par la rue des Césars, au Sud par la rue St Honoré, à l'Est par la rue Capois et à l'Ouest par le rivage de la mer.


RENÉ PRÉVAL PRÉSIDENT
Vu les articles 35.1, 36, 36.5, 52.1, 136, 159, 234 et 253 à 258 de la Constitution ;
Vu la Loi du 28 juillet 1927 sur les reprises des biens donnés à bail ou indûment occupés par les particuliers ;
Vu la Loi du 29 mai 1963 adaptant celle du 22 juillet 1937 et établissant des règles spéciales relatives à l'habitation et à l'aménagement des Villes et Campagnes en vue de développer l'urbanisme ;
Vu la Loi du 3 septembre 1979 sur la déclaration d'Utilité Publique et les servitudes ;
Vu la Loi du 5 septembre 1979 accordant à l'État le droit de pénétrer provisoirement sur les propriétés en vue de faciliter l'exécution de certains travaux urgents d'intérêt général ;
Vu la Loi du 5 septembre 1979 sur l'expropriation pour cause d'Utilité Publique ;
Vu la Loi du 10 février 1998 déclarant d'Utilité Publique la zone d'extension Nord de Port-au-Prince ;
Vu le Décret 12 octobre 2005 sur la Gestion de l'Environnement ;
Considérant la nécessité d'un nouvel aménagement du centre-ville de Port-au-Prince suite au séisme du 12 janvier 2010 ;
Considérant la nécessité de réorganiser spatialement la région métropolitaine de Port-au-Prince ;
Considérant que l'État a pour obligation de relocaliser les Institutions Publiques ;
Considérant la nécessité pour l'État de disposer de terrains suffisants pour réaliser cette relocalisation et ce nouvel aménagement ; qu'il y a lieu de déclarer d'Utilité Publique certaines surfaces localisées au centre-ville de Port-au-Prince ;
Sur le rapport des Ministres de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales, de la Justice et de la Sécurité Publique, de l'Économie et des Finances, des Travaux Publics, Transports et Communications, de la Planification et de la Coopération Externe, de la Culture et de la Communication, de l'Environnement, du Tourisme ; et après délibération en Conseil des Ministres


ARRÊTÉ

Article 1.- Est déclaré d'Utilité Publique, à Port-au-Prince, la surface délimitée au Nord par la rue des Césars, au Sud par la rue St Honoré, à l'Est par la rue Capois et à l'Ouest par le rivage de la mer.
Les terrains retenus dans le cadre de cet Arrêté serviront à l'aménagement du nouveau centre-ville de Port-au-Prince et à la relocalisation des Institutions Publiques.

Article 2.- Dès la publication du présent Arrêté, tous travaux de construction, de percement de route, de lotissement ou autre exploitation du sol, ainsi que toute transaction ou aliénation immobilière sont et demeurent interdits sur toute l'étendue de l'aire définie en son article 1er.

Article 3.- Pour toute propriété retenue dans le cadre du projet, objet du présent Arrêté, l'expropriation des propriétaires détenteurs de titres légaux justifiant leur droit légitime d'occupation ou la reprise des biens donnés à bail par l'État ou occupés indûment se fera conformément aux dispositions des Lois du 5 septembre 1979 sur l'expropriation pour cause d'Utilité Publique et du 28 juillet 1927 sur les reprises des biens donnés à bail ou indûment occupés par les particuliers.

Article 4.- La commission d'expertise prévue par les dispositions de la Loi du 5 septembre 1979 sur l'expropriation pour cause d'Utilité Publique sera immédiatement activée à l'effet de recueillir les informations et évaluation nécessaires pour une indemnisation juste et équitable dans le strict respect des droits des propriétaires à exproprier.

Article 5.- Dans un délai de quinze (15) jours, à compter de la date de la publication du présent Arrêté, les propriétaires fonciers et les détenteurs de bail dans l'aire susmentionnée déposeront, pour les suites nécessaires, au local provisoire de la Direction Générale des Impôts au numéro 62 de l'Avenue Christophe, leurs titres de propriété et tous documents justifiant leurs droits d'occupation.

Article 6.- Le présent Arrêté, qui entre immédiatement en vigueur, sera imprimé, publié et exécuté à la diligence des Ministres de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales, de la Justice et de la Sécurité Publique, de l'Économie et des Finances, des Travaux Publics, Transports et Communications, de la Planification et de la Coopération Externe, de la Culture et de la Communication, de l'Environnement, du Tourisme ; chacun en ce qui le concerne.

Donné au Palais National à Port-au-Prince, le 2 septembre 2010, An 207e de l'Indépendance

Par
Le Président René PRÉVAL
Le Premier ministre Jean-Max BELLERIVE
Le Ministre de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales Paul Antoine BIEN-AIMÉ
Le Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique Paul DENIS
Le Ministre de l'Économie et des Finances Ronald BAUDIN
Le Ministre des Tavaux Publics Transports et Communications Jacques GABRIEL
Le Ministre de la Planification et de la Coopération Externe Jean Max BELLERIVE
Le Ministre de la Culture et de la Communication Marie Laurence JOCELYN LASSEGUE
Le Ministre de l'Environnement Jean Marie Claude GERMAIN
Le Ministre du Tourisme Patrick DELATOUR
Le Ministre du Commerce et de l'Industrie Josseline COLIMON FETHIERE

Compteur